Dao: la force véritable, ou être des éternels débutants

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Calligraphie de «Dao». la Voie

Dans notre société occidentale, nous avons la tendance è idéaliser les individus de succès, les personnes qui se sont distinguées de la «masse»: les grands érudits, ceux qui, au moins à l’apparence, savent plus de choses que les communs mortels; ou encore ceux qui détiennent le pouvoir et qui, hélas, l’ont obtenu au détriment d’autres personnes ou de la nature.

Dans l’antiquité, les taoïstes, et par la suite les bouddhistes Ch’an, pensaient différemment. Rien qu’en observant le pictogramme (plus ancien, représentent une chose concrète par un dessin) et l’idéogramme moderne du terme DAO, ou TAO, qui est à la base de toute la pensée de Lao Zi, le légendaire auteur du Dao De Jing, il est possible de deviner les racines de leur merveilleuse philosophie. Le pictogramme originel

dao.pngs’est transformé jusqu’à nos jours ainsi: daob.gifD’habitude on le traduit avec le terme français «Voie»; il est composé par deux signifiants: le premier radical à gauche représente une route, un chemin, alors que le deuxième signe, à droite, représente le début de quelque chose. On pourrait donc dire que le Dao, la Voie, est le Dèbut de la Route, ou le Chemin du Commencement – un chemin qui n’a pas de fin. Certains traducteurs voient dans le deuxième signe une tête avec de longs cheveux dressés, ou des pensées qui s’élèvent vers le ciel, ou encore des cornes d’un masque d’animal porté par un chaman qui fait une danse rituelle. Nous pouvons même deviner les pas de sa danse, plus visibles dans le pictogramme suivant, encore plus ancien, qui se lit aussi «Dao» :

dao-pittogramma-originale.pnget qui peut se subdiviser en trois signifiants:

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VOIE                         TÊTE                            PIED/PAS

Un pas est toujours suivi par un autre pas; un pied se soulève, et ensuite touche le sol, pendant que l’autre se lève, et ainsi de suite, à l’infini. Dao, c’est le cheminement de la vie, un mouvement unique et unifié animé par l’alternance et soutenu par l’équilibre et l’harmonie.

Autrement dit: une Voie éternellement commençante. C’est bien vrai: le sage véritable a compris qu’il est un débutant éternel. Quel est l’avantage de se sentir toujours au début du voyage? Tout d’abord, notre cœur est léger, libre de tout fardeau inutile, prêt à l’aventure. Notre voyage ressemble plus à une dance qu’à une randonnée essoufflante. A cœur léger, nous allons vers chaque rencontre – évènement ou personne – avec un juste mélange d’émerveillement, innocence, curiosité et ouverture, qui nous permettent de vivre pleinement chaque instant. Il s’agit du même espace ouvert d’où naissent les œvres d’art véritable, celui que j’aime appeler Art Sourçant.

Innocence n’est pas le synonyme de niaiserie, toutefois: le cœur ouvert est aussi profond et sage, parce qu’il est aligné avec l’intelligence de toute la Nature. Comme le dirait Lao Zi, le sage est comme l’ocean, qui se tient plus bas que tous les bassins hydrographiques de la planète, et grâce à cela recueille toutes les eaux provenant de toutes les directions. C’est l’humilité de sa position qui le rend plus vaste et plus profond et le place au centre du paysage.

Le bien suprême est comme l’eau,
qui nourrit toute chose sans en avoir l’intention.
Elle se contente des lieux les plus bas,
ceux-là mêmes que les gens méprisent.
Pour cette raison elle est comme le Dao.

C’est ce que nous lisons dans le huitième chapitre du Dao De Jing de Lao Zi dans la traduction anglaise de Stephen Mitchell que j’aime beaucoup. Le cœur pur et simple du sage est souvent représenté, dans beaucoup de traditions, avec l’image de l’enfant. Lao Zi, le nom du père fondateur du taoïsme, signifie justement «Vieux Enfant» ou «Enfant Sage». Dans le Neijing Tu, la représentation ésotérique du corps humain très utilisée dans les pratiques  taoïstes de méditation (j’en parlerai dans un autre article) cet Enfant réside dans le Cœur. Il représente la nécessité de recouvrer sa propre innocence et simplicité. La vraie sagesse est déjà bien enchâssée, comme un diamant, dans notre nature authentique. Elle est comme une petite semence qui n’attend que d’être arrosée afin de germer et croître naturellement.

La sagesse véritable, selon les taoïstes (et pas seulement: ceci ne vous rappelle-t-il pas le « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.» de l’Evangile?) enfonce ses racines dans la compassion, la gentillesse et l’humilité d’un cœur pur et «vide». Ci-dessous, je vous ai traduit  une petite histoire zen, illustrée par Tsai Chih Chung, tirée de son hilarant Soyons zen : Au-delà des mots, la liberté de l’esprit qui nous montre avec humour que  ceux qui croient tout savoir ne sont pas de vrais sages, et que, heureusement, il y a toujours un maître véritable prêt à nous le rappeler…

(La qualité de l’image n’est pas top, désolée, j’ai utilisé un programme simple pour transformer ma version anglaise du texte!)

ZEN-FUMETTO-FRANCESE-IZEN

 

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